BAUDE FASTOUL

Arras, XIIIe siècle

 


Trouvère picard. Il a composé en 1272 un Congé à la manière de Jean Bodel , avant d'entrer dans une léproserie où il allait bientôt mourir. Parlant avec un sombre humour de sa maladie, il exprime l'horreur qu'elle suscite devant les lésions de son visage et de son corps et montre son espoir de conquérir par elle son salut.

Connue en Asie et en Orient depuis la plus haute antiquité, la lèpre fut introduite en Europe par les armées romaines. Elle se développa de façon spectaculaire à l'époque des croisades. Le fléau prit une telle ampleur que les lépreux étaient isolés dans divers établissements après une cérémonie religieuse appelée separatio leprosorum. Il y avait en France au XIIIe siècle près de 2000 ladreries, méselleries, léproseries, maladreries .... Interdits d'édifices publics et parfois accusés de pratiquer la sorcellerie, les lépreux devaient annoncer leur présence à l'aide d'une crécelle. La maladie commença à reculer en Europe vers le XVe siècle.

C'est le seul poème qui nous soit parvenu de ce poète accompli qui, en 696 vers, prend congé de plus de cent vingt personnages avant de rejoindre la maladrerie de Beaurains dont il ne reviendra pas.

Par une curieuse ironie du sort, Jean Bodel consacra quelque soixante dix ans plus tôt un passage de son Congé à un certain Bauduïn Fastol en ces termes :


Bauduïn Fastol, or m'enplaide
Une ochoison honteuse et laide,
Qui me fait guerpir men estage :
Joie qui m'a cueilli en faide
Ne m'a riens presté en manaide,
Ains a de moi pris doble gage.
Kier m'a vendu sen avantage,
Mais je tieng a preu le damage
Qui chi me nuist, s'il aillors m'aide :
Bone esperanche m'assoage
De le grant joie a iretage
O cascuns a quanqu'il sohaide.


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