ÉBRARD DE BÉTHUNE

Artois, XIIe siècle

 


Cité par Bossuet dans son Histoire des variations dans les termes suivants : "Ebrard, natif de Béthunes, composa contre les hérétiques de Flandre un livre intitulé : Antihérésie. [... ] Le premier trait qu'il leur donne, c'est qu'ils rejetaient la loi et le Dieu qui l'avait donnée ; le reste va de même pied et ils méprisaient ensemble le mariage, l'usage des viandes et des sacrements."

Le traité Antihœrésie composé de vingt-huit chapitres ne fut publié qu'en 1613. Son but était de confondre les "hérétiques" dont les thèses commençaient à se répandre en Artois et en Flandre. Il s'agissait particulièrement des cathares¹, improprement appelés albigeois, dont la doctrine apparue dans le Limousin à la fin du XIe siècle se développa en pays d'oc. Cette doctrine repose sur un dualisme affirmant l'existence de deux principes premiers, celui du Bien, créateur du monde spirituel, et celui du Mal, empire de Satan et du monde matériel. Les vaudois quant à eux prêchent le retour à la pauvreté évangélique, ils rejètent le culte des saints, les indulgences et le purgatoire.

La lutte contre les hérétiques donna lieu à la composition de textes marqués par des commentaires pour le moins surprenants, telles ces quelques lignes de Guibert de Nogent , tirées de son autobiographie datant du XIIe siècle :

[ ... ] "Ils condamnent mariage et procréation. Éparpillés à travers le monde latin, on les voit, hommes et femmes, cohabiter sans aucune règle conjugale ; même ainsi ils ne demeurent point fidèles l'un à l'autre. On sait encore que des hommes couchent ensemble, que des femmes agissent de même : selon eux l'union de l'homme avec la femme est un crime. Les fruits qui naissent de leurs accouplements, ils les suppriment.

Dans des caveaux ou dans des endroits souterrains bien dissimulés, ils tiennent conciliabules. Là, les deux sexes confondus, ils allument des chandelles et ils s'en viennent les présenter, de dos, à une donzelle qui, prosternée, offre à la vue de tous ses fesses dévoilées : c'est là ce que l'on dit. Peu après, ils éteignent ces flambeaux, ils se mettent à crier de tous côtés : "Chaos !" Aussitôt, chacun se précipite pour posséder la première partenaire qui lui tombe sous la main. Que si, à la suite de cela, une femme devient grosse, ils retourneront au même endroit après l'accouchement : on allume cette fois un grand feu, les gens assis tout autour se passent l'enfant de main en main, puis le jettent dans les flammes où il va se consumer ; lorsqu'il se trouve reduit en cendres, ils fabriquent avec ces cendres un pain dont un morceau est distribué à chacun [ ... ]

(Traduction de Edmond-René Labande)

Ébrard de Béthune, surnommé le gréciste, fut également l'auteur d'une grammaire intitulée Grœcismus, de figuris et octo partibus orationis, sive grammaticœ regulœ versibus latinis explicatœ, imprimée chez Jean Dupré à Lyon en 1483, qui est une source intéressante concernant les connaissances que l'on avait des poètes de l'antiquité au XIIe siècle.

¹ La trace la plus ancienne du terme "cathare" figure dans un acte de Nicolas, évêque de Cambrai (1164-1167) qui enregistre la condamnation entre 1152 et 1156 par les évêques de Cologne, Trève et Liège d' un clerc, Jonas, convaincu de "l'hérésie des cathares".

* A lire également également l'Hérésie des Albigeois dans la rubrique Textes en Ligne

voir Ebrard de Béthune dans la rubrique Bibliographie


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