Bénédictin français, Grand prieur à l'abbaye Saint Médard de Soissons en 1236, il fut un dignitaire ecclésiastique important de la région parisienne. On lui doit des discours édifiants, des récits hagiographiques et surtout un recueil de 58 Miracles de Nostre Dame d'environ 30.000 vers, répartis en deux livres, dont il commença la rédaction vers 1218.
Il s'inspira pour célébrer le culte de la Vierge, de mélodies et de schémas poétiques traditionnels tels la Vie des Pères ¹ qu'il sut adapter de façon très personnelle en leur donnant un décor régional. Cette œuvre qui a notamment inspiré Rutebeuf dans son Miracle de Théophile (vers 1260) fut particulièrement importante pour la promotion du culte marial engagée par l'Eglise catholique dès la fin du XIIe siècle afin de lutter contre les mouvements hérétiques vaudois et cathares et de se rapprocher des fidèles en faisant comprendre la vraie foi aux illiterati.
La Vierge Marie y intervient afin de récompenser ou punir, mais il n'y a pas de péché irrémissibles si le pécheur s'en repend sincèrement. L'aspect moralisateur est toujours présent, pourtant certains passages des Miracles qui érotisent le sacré pourraient choquer bien des croyants contemporains tels les vers 125 à 145 D'un clerc grief malade que Nostre Dame sana [Comment Notre Dame guérit un prêtre gravement malade ].
Queque li angeles ce disoit, Sour le chevés ou cil gisoit Est descendue une pucele Si acesmee et si tres bele Que nel saroit langue retraire. Et se par ert tant débonaire Qu'ele disoit mout doucement ; "Biaus doz amis, tien, je t'ament Ce que je tant ai demoré. Mon saint ventre as tant honeré Et beneï par tantes fois Qu'il est mais bien raisons et drois, S'il en moi a point d'amistié, Que je de toi aie pitié." Atant s'abaisse sor le lit. Mout sadement par grant delit De son doz saim trait sa mamele, Qui tant est douce, sade et bele ; Se li bouta dedenz la bouche Mout doucement partot li touche Et arouse de son doz lait. Atant s'en va, dormant le lait.
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¹ La Vie des Pères est un recueil datant du XIIIe siècle, regroupant 42 contes dévôts, empruntés en partie à des vies d'ermites grecs, en partie aux Dialogues du pape Grégoire le Grand. Ils devaient susciter l'admiration tout en étant faciles à retenir. Les plus connus de ces théologiens de l'Antiquité chrétienne sont en Orient saint Ignace, saint Athanase ou saint Jean Chrysostome ; en Occident saint Jérôme, saint Ambroise, saint Augustin, ou le pape saint Grégoire le Grand.
* A lire également, le conte 38 de la Vie des Pères, dans la rubrique Textes en Ligne.
Le passage qui suit, extrait (vers 1 à 49) de De un moigne que Nostre Dame delivra dou Dyable, [Histoire d'un moine que Notre Dame délivra du Diable] fait penser à une corrida.
Uns moignes fu d'une abeïe Qui ma dame sainte Marie Amoit forment de tot son cuer. N'entrelaissast mie a nul fuer Por nul affaire son service. Soucretains estoit de l'eglise Et uns des millors dou covent Se trop ne s'enyvrast sovent C'est grans doleurs quant ceste teche A maint preudome si conteche. Cil qui d'ivrece est entechiez, Il est sougis a toz pechiez Pluiseur en sont trop entechié. Cist soucretains par son pechié Une nuit vin tant contecha Que d'yvrece trop s'entecha. Grant talent eut et grant desir, Quant yvres fu, d'aler gesir. Mais cil le seut bien espïer Qui toz nos bee a conchïer ; Bien seit le mal monter en cloistre, Doisnez de vin et eschauffez, Encontre lui saut li maufez En guise d'un torel muiant. Cornes levéés, tout bruiant, Por lui hurter corut tout droit. Si qu'en sausist fors la boële Se ne fust une damoisele Qui acorut por lui aidier. Mais il n'est nus qui soshaidier Seüst si bele damoisele Ne si plaisant come estoit cele. En un chainse mout acesmee Acorut toute eschevelee, Une toaille en sa main destre. "Fui toi ! fui toi ! Ce ne puet estre, Fait la pucele a l'anemi, Que riens mesfaces mon ami." La grans biautez de la pucele, Qui tant estoit plaisans et bele, Le dyable tout esbloï. Si erranment com il l'oï, De sa voie se destorna Et en fuie mout tost torna, Quant li dyables s'en fuï, La pucele s'esvanuï Et li moignes fu toz delivres.
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