On a assimilé sous ce nom ce qui semblaient être trois auteurs : un Roix de Cambrai, poète dévôt, auteur d'un traité intitulé
Li A, B, C, par ékivoques, sorte de rébus en vers qui joue sur les lettres de l'alphabet, un Hues ou Hughes de Cambrai, auteur notamment d'un court
fabliau de 158 vers, la
Male Honte, violente raillerie contre Henry III d'Angleterre (il règna de 1216 à 1272), qui s'organise autour d'un jeu de mots fait sur le nom d'un anglais dénommé Honte et qui envoie au roi Henry la moitié de sa fortune dans une sacoche [male]. Le titre signifierait alors "la malle de Honte". Le terme male signifiait également "mauvaise". Le titre du fabliau pourrait alors également se traduire par "la mauvaise honte".
Enfin un
jongleur , Huon le Roi de Cambrai, auteur du
Dit des trois amis et du Vair Palefroi, fabliau recèlant une intention morale, inspiré de la fable
Virgo et proci duo, contenue dans un appendice aux fables de Phèdre.
Le poème de Huon Le Roi de Cambrai est formé de 1342 octosyllabes à rimes plates dont nous reproduisons les premières lignes ci-après.
Le Vair Palefroi est un conte sentimental sur le thème d'une idylle entre deux jeunes gens dont l'amour triomphera des sombres calculs d'un père et d'un oncle, grâce à la fidélité d'un cheval aux étranges couleurs.
Por remember et por retrere Les biens c'on puet de fame trere Et la douçor et la franchise, Est iceste oevre en escrit mise ; Quar t'en doit bien ramentevoir Les biens c'on I puet percevoir. Trop sui dolenz et molt m'en poise Que toz li mons nes loe et proise Au fuer qu'eles estre deüssent. Ha, Dieus, s'eles les cuers eüssent Entiers et sains, verais et fors, Ne fust el mont si granz tresors. C'est granz domages et granz dieus Quant eles ne se gardent mieus : A poi d'aoite sont changies Et tost muees et plessies ; Lor cuer semblent cochet au vent, Quar avenir voit on souvent Qu'en poi d'eure sont leur corages Muëz plus tost qui li orages ! Puis qu'en semonsses m'a l'en mis De ce dont me sui entremis, Ja ne lerai por les cuivers, Qui les corages ont divers Et qui sont envïeus sor ceus Qui les cuers ont vaillanz et preus, Que ne parfornisse mon poindre Por moi aloser et espoindre. En ce lay du Vair Palefroi Orrez le sens Huon le Roi Auques regnablement destendre ; Por ce que reson sot entendre, Il veut de ses dis desploier, Que molt bien les cuide emploier.
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