Riche marchand d'Arras, "prince" du
puy , célèbre amateur de
jeux-partis et auteur de chansons courtoises. Le jeu-parti qui suit l'oppose à Adam de la Halle, les juges sont Lambert Ferri et Jean de Grieviler.
Adan d'amour, vous demant Que m'en dichiés sans cheler Dou quel purent plus trouver En amour li fin amant Ou du bien ou du mal ; vous le devés Mout bien savoir, car esprouvé l'avés.
Sire, je voi l'un dolant, L'autre lié de bien amer ; Mais je m'en doi blasmer, Car j'en go et nepourquant, Comment que faite en soit me volentés, Li maus plus que li biens I est trouvés.
Adam, a guise d'enfant Me respondés, c'est tout cler. On n'i puet tant endurer De maus, che sevent aucquant, C'uns tous seus biens n'estaigne les grietés C'on a senti ; li biens pert plus assés.
Sire, amans en soeffre tant C'on en voit maint desperer ; Trop chier voit on comperer Deduit et riqueche grant Et d'autre part chascuns n'est pas amés Qui a les biens d'amour chier comperés.
Adam, tout li plus souffrant Dou pis c'amours set donner N'en veulent mie saner ; Dont est il bien apparant Que li biens est assés plus drus semés, Car maus qui plaist ne doit estre contés.
Sire, Amour trouvai quisant, Quant je le soloie anter, En villier, en desirrer, En penser et en doutant ; Mais point n'estes d'amour bien embrasés, Pour chou n'i cuidiés point tant de durtés.
Ferri, on trueve lisant Que tant de mal n'a pas li condampnés Con a joie ichil qui est sauves.
Grieviler, en aquerant Est chascuns plus traveilliés et penés Qu'il ne soit au despendre reposés.
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* À lire également, un autre Jeu parti entre Jean Bretel et Jean de Grievilier dans la rubrique Textes en Ligne.
ARRAS
Aujourd'hui chef-lieu du département du Pas-de-Calais, Arras s'enrichit du Xe au XIIe siècles de par sa position géographique sur la route menant d'Italie en Angleterre, ainsi que grâce à son industrie drapière et la proximité des riches villes de Flandre.
La vie littéraire d'Arras en fera au XIIIe siècle un des hauts lieux de la poésie française grâce à deux associations, le
Puy et la Carité des jongleurs et bourgeois.
Le puy d'Arras, créé dans la première moitié du XIIIe siècle, ne compta d'abord qu'un petit nombre de membres : Andrieu Contredit, Simon d'Authie, Gilles et Guillaume le Vinier ou Robert de le Pierre. Sous l'impulsion de Jean Bretel, son "prince", le puy connaîtra de 1250 à 1272 un éclatant succès.
Robert Soumillon en devint le prince à partir de 1276, mais l'institution perdit de sa vitalité.
La "confrérie Notre-Dame des Ardents" ou carité des jongleurs et bourgeois d'Arras existait depuis 1155, année ou un jongleur de la ville avait bénéficié d'un miracle grâce à la "Sainte Chandelle". Une confrérie devant apporter à ses membres malades l'objet miraculeux fut alors créée. L'objet s'élargit peu à peu, jusqu'à organiser les fêtes et soutenir la création poétique et théatrale.
Suivit une période troublée par la guerre de Cent ans, la bataille d'Azincourt (1415).
La Paix d'Arras de 1435 entre Charles VII, roi de France et Philippe III le Bon, duc de Bourgogne permettra de retrouver la prospérité.
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