Chroniqueur français. Il séjourna en Angleterre au service de Philippa de Hainaut de 1361 à 1369. A la mort de l'épouse de Edouard III, il revint à Valenciennes, fut ordonné prêtre et obtint une cure à Mons. Il sera ensuite chapelain de Beaumont et chanoine de Chimay.
Il écrivit entre 1370 et 1400 ses Croniques de France, d'Engleterre et païs voisins qui demeurent une des sources de connaissance les plus riches et les plus variées de la période qui va de 1325 à 1400.
Les quatre livres de l'œuvre traitent principalement de la guerre de Cent ans. On y trouve entre autres la relation de la campagne d'Edouard III contre les Ecossais (1327), les batailles de Crécy (1346), de Poitiers (1356), le sac de Limoges (1369), l'histoire d'Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris (1358), la révolte de Wat Tyler en Angleterre (1382), l'histoire des "écorcheurs" ou la vie à la cour d'Orthez.
Ses nombreux voyages en Angleterre, Ecosse, France, Italie ou aux Pays Bas, ainsi que ses multiples relations lui fourniront une importante documentation, fruit de véritables enquêtes auprès de témoins ou d'acteurs des faits relatés.
Chroniqueur contraint de plaire aux "grands" qu'il servait, il épousera souvent leurs causes et restera insensible aux misères du peuple.
La page d'ouverture du Livre IV des Chroniques précise la manière dont Froissart concevait son œuvre :" A la requête, contemplation et plaisance de très haut et noble prince, mon très cher seigneur et maître Guy de Châtillon, comte de Blois, sire d'Avesnes, de Chimay, de Beaumont, de Sconnehove et de la Gode ; je, Jean Froissart, presbitérien et chapelain à mon très cher seigneur dessus nommé, et pour le temps de lors trésorier et chanoine de Chimay et de Lille en Flandre, me suis de nouvel réveillé et entré dedans ma forge pour ouvrer et forger en la haute et noble matière de laquelle du temps passé je me suis ensoigné [instruit], laquelle traite et propose les faits et les avenues des guerres de France et d'Angleterre et de tous leurs conjoints et leurs adhérens, si comme il appert clairement et pleinement par les traités qui sont clos jusques au jour de la présente date de mon reveil.
Or considérez entre vous qui le lisez, ou le lirez, ou avez lu, ou orrez [entendrez] lire, comment je puis avoir sçu ni rassemblé tant de faits desquels je traite et propose en tant de parties. Et pour vous informer de la vérité, je commençai jeune, dès l'âge de vingt ans ; et si suis venu au monde avec les faits et les avenues ; et si y ai toujours pris grand'plaisance plus que à autre chose ; et si m'a Dieu donné tant de grâces que je ai été bien de toutes les parties, et des hostels des rois, et par espécial [en particulier] de l'hostel du roi Édouard d'Angleterre et de la noble roine sa femme madame Philippe de Haynaut, roine d'Angleterre, dame d'Irlande et d'Aquitaine, à laquelle en ma jeunesse je fus clerc ; et la servois de beaux dittiés [poèmes] et traités amoureux : et, pour l'amour du service de la noble et vaillant dame à qui j'étois, tous autres seigneurs, rois, ducs, comtes, barons et chevaliers, de quelque nation qu'ils fussent, me aimoient, oyoient et voyoient volontiers et me faisoient grand profit. Ainsi, au titre de la bonne dame et à ses coûtages [dépenses] et aux coûtages des hauts seigneurs, en mon temps, je cherchai la plus grand'partie de la chrétienté, voire qui à chercher fait ; et partout où je venois, je faisois enquête aux anciens chevaliers et écuyers qui avoient été en faits d'armes, et qui proprement en savoient parler, et aussi à aucuns hérauts de crédence [confiance] pour vérifier et justifier toutes matières. Ainsi ai-je rassemblé la haute et noble histoire et matière, et le gentil comte de Blois dessus nommé y a rendu grand'peine ; et tant comme je vivrai, par la grâce de Dieu, je la continuerai ; car comme plus y suis et plus y laboure [travaille], et plus me plaît ; car ainsi comme le gentil chevalier et écuyer qui aime les armes, et en persévérant et continuant il s'y nourrit parfait, ainsi, en labourant et ouvrant sur cette matière je m'habilite et délite [je fais ce qui me convient et y prends plaisir]."
Il semble que Jean Froissart ait passé plusieurs années de la fin de sa vie à Cantimpré, auprès de son ami Jehan le Tartier, prieur de l'abbaye.
Jehan le Tartier composa, soit par imitation, soit en collaboration avec le chroniqueur Valenciennois, une généalogie de plusieurs rois de France, de leurs descendants et des études historiques qui semblent constituer une sorte d'introduction aux chroniques de Froissart.
Romancier, avec deux romans de plus de quatre mille vers chacun : le Joli buisson de Jonece et L'Espinette amoureuse, poème prétendu être une autobiographie qui raconte les chastes amours de ses douze ans. Il y dresse une liste des jeux de son temps qui inspira Rabelais lorsqu'il évoqua un siècle et demi plus tard les amusements de Gargantua enfant.
Il fut un poète délicat comme en témoignent ces quelques lignes :
On doit aimer et priser
Joyeuse mélancolie
Qui tient la pensée lie
Et le temps fait oublier
Sans souci et sans envie :
On doit aimer et priser
Joyeuse mélancolie.
Et moult souvent souhaiter
Qu'on soit avec son amie
Pour maintenir gaie vie
On doit aimer et priser
Joyeuse mélancolie.
* À lire également, un extrait de l'Espinette amoureuse et quelques poèmes dans la rubrique Textes en Ligne
Meliador, commandité par Wenceslas de Brabant, est un autre roman de 30.000 vers qui conte la quête du chevalier Meliador, fils du duc de Cornouailles, épris de la fille du roi d'Ecosse, la princesse Hermondine qu'il épousera. Le roman qui se rattachera au cycle
arthurien sera d'abord publié en 1365, puis à nouveau en 1380 dans une version enrichie.
Jean Froissart fut également comme il l'indique dans la page d'ouverture des
Chroniques, l'auteur d'une série de
ditiés dont
l'Orloge amoureuse, Paradis d'amour, le Débat du cheval et du lévrier, le Ditié du Florin.
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